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Ils ont chacun une histoire. Ils font tous partis de l'histoire.
Sergent-Major Daniel Bouchard
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Originaire du Lac Saint-Jean, Daniel a connu une longue et heureuse carrière dans l'armée canadienne.
Il décide d'entrer dans l'armée à 17 ans. Son cousin, lui-même dans l'armée, lui racontait ses aventures et il voit là un défi intéressant, une occasion d'apprendre l'anglais, une occasion de partir à l'aventure. Malheureusement pour lui, le recruteur le trouvait trop petit (il ne pesait même pas 100 livres) et lui a dit de prendre du gabarit et de réessayer plus tard.
Lorsqu'il était enfant, Daniel rêvait d'être médecin ou infirmier. Mais n'étant pas très assidu à l'école, il a dû renoncer à cette idée et trouver un autre plan. Après 3 ans d'étude en mécanique, Daniel occupait un emploi qui ne le passionnait pas, lorsque son frère lui a fait réaliser que s'il n'aimait pas ce qu'il faisait, il pouvait changer et faire autre chose. C'est alors que Daniel retourne au centre de recrutement et cette fois, il fait le poids! Il a 22 ans.
Après les évaluations complétées, on lui propose quelques choix de carrière. Daniel décide de devenir adjoint-médical. Cela rejoint son intérêt pour la médecine. Un adjoint-médicale, ou medic, est un mélange entre un infirmier, un infirmier auxiliaire et un ambulancier. En tant qu'adjoint-médical, Daniel sera déployer en Allemagne et il participera aussi à la Guerre du Golfe. Là bas, il est stationné avec l'escadron de F-18. Durant son affectation là bas, il apprend à connaitre la culture, les règles. En tant que membre du corps médicale, il prend soin de la santé des troupes.
C'est aussi durant la Guerre du Golfe qu'il apprend à connaitre le métier d'un de ses amis qui est technicien en médecine préventive. Après quelques mois à la Guerre du Golfe, et après 9 ans en tant qu'adjoint-médical dans l'armée canadienne, Daniel décide de changer de corps de métier pour devenir lui-même un technicien en médecine préventive. Durant les 20 ans qui suivront, Daniel sera déployé en tant que Pre-Med en Afrique, en Afghanistan et en Haïti (suite au tremblement de terre en 2010).
Pour le Sergent-major Daniel Bouchard, il est très important de pouvoir donner l'exemple à ses troupes. Après avoir connu des problèmes aux genoux qui ne lui permettront plus jamais de déployer, Daniel prend sa retraite après 29 ans de loyaux service dans l'armée canadienne.
Daniel a adoré sa carrière et ne garde que des souvenirs positifs de toutes ses expériences.
Okill Stuart, Deuxième Guerre Mondiale
Ils ont chacun une histoire. Ils font tous partis de l'histoire.
L’histoire d’Okill Stuart a débuté il y a 98 ans à Saint-Lambert, Québec.
Sir Campbell Stuart, son oncle, n’avait pas d’enfants. Il offre donc aux parents d’Okill de s’occuper de l’éducation d’Okill et de celle de son grand frère. Okill a d’abord étudié au Collège Bishop à Lennoxville, Québec. En 1937, il est envoyé en Angleterre pour poursuivre ses études. Le premier six mois de son séjour se déroule dans une école à Kent, où il apprend à devenir un «gentleman». Après six mois, il est envoyé à l’école Gordonstoun en Écosse. C’est là qu’il rencontre le prince Philip, avec qui il a gardé contact toute sa vie. En 1938, alors que le déclenchement de la guerre est imminent, il est rappelé au Canada. S’il y a une chance qu’il participe à la guerre, ce sera dans l’armée canadienne. Okill à 17 ans.
Mais la guerre ne commence pas immédiatement. Le père d’Okill, pensant à son avenir, décide que si ce dernier veut faire des affaires au Québec, il doit apprendre le français. Son père l’envoi donc travailler dans l’industrie des pâtes et papiers à Chicoutimi, où il reste environ six mois. Okill passe la majeure partie de son temps dans les bois, où il fait de l’arpentage en forêt. Un jour, il rencontre un bûcheron qui leur apprend à lui et ses collègues de travail que la guerre a commencé il y a trois semaines. Ils n’en avaient aucune idée! Okill se rend à Chicoutimi pour acheter une radio. Il retourne ensuite en forêt pour finir son travail et quelques mois plus tard, il est de retour à la maison et se porte volontaire pour aller à la guerre. Pourquoi s’enrôle-t-il? C’était son devoir d’aller à la guerre. Tout le monde à Saint-Lambert se sentait de la même façon. Il s’enrôle, même s’il ne connaît rien à l’armée. Pour le dire dans ses mots, il «ne connaissait pas la différence entre un sous-marin et un avion». Son père avait un ami qui s’était battu pendant la Première guerre mondiale et il était en train de mettre sur pied une batterie pour aller à la guerre. Okill s’enrôle à Montréal pour en faire partie et de là, il quitte pour Petawawa où la batterie devient un régiment.
Les soldats du régiment passent un an au Canada pour apprendre et s’entraîner. Ils quittent ensuite pour la guerre et atteignent l’Écosse en 1942, où ils continuent à s’entraîner. Sa division, la 3ème division, est la seule qui a participé au Jour J. Tous les préparatifs du Jour J on débuté en 1942. À ce moment là, ils ne savent pas vraiment ce qu’est le Jour J, mais ils savent que cela va être important. Ils en apprennent de plus en plus avec le temps. Une fois, avant le Jour J, ils sont envoyés très près des côtes françaises, parce que les Généraux espèrent que les Allemands leur tirent dessus, ce qui permettrait aux Généraux de connaître l’emplacement des fusils et canons. Mais, par chance pour Okill, les Allemands n’ouvrent pas le feu. S’ils l’avaient fait, Okill serait probablement mort à ce moment-là.
Six semaines avant l’invasion, on leur donne un équipement automoteur pour remplacer les canons de campagne de 25 livres, parce que ces nouveaux chars d’assaut avaient ce qu’il fallait pour atterrir dans tous les types de circonstances, comme par exemple sur le sable. C’est d’ailleurs l’équipement qu’ils ont gardé pendant les six semaines suivant l’invasion.
Le 4 juin 1944, le régiment d’Okill est en quartier fermé à Southampton et les soldats savent que quelque chose se prépare. On leur remet des Francs français, de l’argent d’invasion garantie par la Banque d’Angleterre, argent qu’ils pourraient utiliser après avoir atterrie en France, si nécessaire. Le jour suivant, ils quittent Southampton en bateau. Alors qu’ils passent l’île de Wright, on leur donne le signal qu’ils peuvent ouvrir les ordres scellés qu’on leur avait remis. C’est à ce moment là qu’ils apprennent exactement ce qui se passe et où ils vont. En tant que bombardier et assistant-officier, Okill le sait déjà. Pendant la traversé, les soldats jouent au poker durant la moitié de la nuit. Okill dit qu’il ne se souvient pas d’avoir eu peur. Il était occupé.
Tous les véhicules possédent des mines tout autour destinées à être utiliser à leur arrivé en France. Okill et ses collègues décident de ne pas obéir aux ordres et ils lancent les mines par dessus bord. Leur but est d’éviter d’être anéanti si les Allemands tirent sur eux, et c’est une bonne chose qu’ils aient désobéie: d’autres chars d’assaut ont été détruit à cause de ces mines.
Lorsque qu’ils atteignent environ six pieds de profondeur, et malgré le fait que leur véhicule est équipé pour ce type d’atterrissage, ils frappent une mine et s’enfoncent mais réussissent malgré tout à s’en tirer. Le premier véhicule n’a pas cette chance : il frappe une mine et tous ses occupants sont tués.
Okill est là, sur le dessus du char de commandement, et partout autour de lui les balles sifflent, des explosions ont lieu, il y a tellement de chose qui se passent au même moment, il n’a pas le temps d’avoir peur : dans ces moments là, vous êtes occupé à essayer de vous en tirer et faire votre travail.
Okill atterrit les pieds secs sur la plage et ses compagnons et lui se rendent à la plage Juno dans la ville de Bernières-sur-mer, mais croyez-le ou non, ils se retrouvent pris dans un bouchon! Il n’y avait pas assez de place pour que deux chars d’assaut passent en même temps, alors ils doivent faire la file. Ils sont arrêtés et attendent de passer quand un couple de personnes âgées s’approche avec une bouteille de vin et une coupe. Ils pointent Okill et il leur répond « OUI! Je ne sais pas ce que c’est mais OUI ». Il se retrouve avec un verre de Calvados. C’est de l’alcool très fort! Et Okill dit qu’après que tout le monde dans le char ait bu de cet alcool, ils ont arrêté de parler pour environ cinq minutes!
Ils se dirigent ensuite pour aller prendre leur première position et c’est alors qu’un char près du leur qui avait encore ses mines se fait tirer dessus par les Allemands. Ils sont sur l’emplacement où le char d’Okill devait se trouver. Mais ils n’avaient pas pu s’y rendre parce que d’autres chars y étaient déjà, alors ils étaient retourné à un autre emplacement près de la plage où ils avaient atterrit. Un jeune homme français d’environ 14 ans portant un béret noir leur fait signe que l’emplacement où le char se trouve est miné. Okill lui demande comment il sait ça. Le garcon dit que c’est lui qui a miné le champ sous l’ordre des Allemands. Okill lui dit « Ah bon? Alors montre-nous le chemin pour passer ». Le garçon refuse. « Il est hors de question que je passe là!». Mais Okill pointe son fusils sur lui et lui dit « Oui, tu y vas. Monte sur le char et montre-nous où passer ». Ils réussissent à passer sans problème et arrivent à l’endroit de leur première position.
La première nuit, n’ayant aucun endroit où aller, Okill rampe sous le char alors que les avions allemands tirent et que des bombes tombent partout autour d’eux. Il ressent alors la peur. Il n’avait rien d’autre à faire ou à penser. Inutile de dire qu’il n’a pas dormi. Il dit qu’il pense ne pas avoir dormi pendant les trois premiers jours. Après quelques jours, les choses se stabilisent un peu et ils peuvent entrer plus loin et se battre. Comme par exemple pour sécuriser un aéroport pour le rendre disponible à leurs pilotes et avions. Sa division effectue la plus profonde pénétration dans le territoire de toutes les forces en présence durant le premier jour. Durant ce premier jour, ils se rendent à la limite de la ville de Caen et ils sont ensuite repoussés. Ils bombardent Caen et lorsque finalement ils y entrent, ils ne peuvent même pas passer dans les rues tellement il y a de destruction.
La bataille de la poche de la Falaise a lieu environ une semaine plus tard. Ils entourent les Allemands et les bombardent, alors que ces derniers essaient de s’enfuir. Okill dit qu’il n’a jamais vu autant d’équipement brûlé. Et il se souvient de l’odeur de la mort. C’est la seule fois qu’il a vraiment senti la mort. Des Allemands morts, des vaches mortes, des chevaux morts… c’était un moment horrible.
Ils ont participé à beaucoup de vilains combats en Normandie. Vous prenez une ville, les Allemands la reprennent, vous recommencez. Vous êtes bombardés par vos propres troupes qui font une erreur en essayant de bombarder les Allemands… tellement de choses se sont produites.
Ensuite, c’est la Belgique, le canal Léopold, entre la Belgique et la Hollande. Beaucoup de vilains combats là-bas aussi. Une nuit, les Allemands brisent une digue et Okill a juste le temps de se déplacer avant d’être inondé.
Durant la bataille des Ardennes, Okill dort dans un lit (pour la seule fois de la guerre), il est en congé quand le propriétaire de la maison où il est vient le voir, le réveille et lui apprend que ses armes ont été prises et qu’ils sont maintenant dans le mauvais sens. Les Allemands ont réussi à passer et on ne sait pas dans quelle direction ils viennent. Il fait froid, il neige, les avions sont inutiles. Lorsqu’Okill rejoint la position où se trouvent ses armes, le ciel s’est éclaircie, le soleil est apparu, les avions peuvent voler et repousser les Allemands. Il s’agit de la dernière grande offensive allemande de la guerre.
Un de moments forts du temps qu’Okill passe à la guerre se produit dans une petite ville. Tout est tranquille dans cette ville, aucun mouvement. C’est étrange, quelque chose ne tourne par rond. Il est supposé monter une nouvelle position pour ses armes. Derrière lui, sortant du sous-sol d’un moulin à vent arrive le maire et les citoyens de la petite ville. Okill va leur parler et ils se mettent à l’embrasser et le serrer dans leurs bras. Okill leur dit « N’avez-vous pas déjà assez embrassé et serré dans vos bras l’infanterie lorsqu’elle est arrivée hier? » Le maire répond « Vous êtes le premier ». « Quoi? Où est notre infanterie? » . « Les Allemands l’ont repoussé, elle est un mile derrière vous ». « Et où sont les Allemands? ». « Exactement à l’endroit où vous êtes en train de positionner vos armes, à la limite de la ville »... Okill est perplexe. « Que voulez-vous dire? ». Le maire répond « Oh oui, regardez, le bord de la route, vous allez voir leurs chapeaux dans le fossé ». Okill est stupéfié. « J’étais juste là, pourquoi ne m’ont-ils pas tué? ». Le maire dit « Ohhh, ils attendent plus grands et importants! » S’il y a jamais eu un moment où vous êtes heureux de ne pas être considéré «assez important », c’et à ce moment là.
Okill appelle ses hommes et ils déplacent leurs armes un peu en arrière. Le maire leur dit que le clocher de l’église est un poste d’observation où se trouve un officier allemand en ce moment, et qu’il les regarde. Donc la première chose qu’ils font est d’abattre le clocher. Bonne idée.
Et quel est le nom de la ville où tout ça se déroule, vous demandez-vous? Et bien, croyez-le ou non, la ville porte le nom de Saint-Lambert.
La guerre se termine juste après qu’Okill ait atteint l’Allemagne.
Lorsqu’on lui demande ce qu’il pensait des Allemands pendant la guerre, Okill dit qu’ils n’ont entendu parler de l’Holocauste que seulement au moment où les troupes sont entrées en Allemagne. Avant cela, ils savaient seulement qu’Hitler était mauvais et devait être arrêté. Il n’avait aucune autre opinion des combattants allemands. C’est ce qu’il devait faire, c’était son devoir.
Après la guerre, Okill reste en Europe où il dirige un club nautique, en attendant d’être ramené au Canada. Après son retour à Saint-Lambert, Okill a fait une longue carrière en tant qu’agent immobilier et il vive encore à Saint-Lambert aujourd’hui*.
Okill Stuart a reçu et continu de recevoir beaucoup de médailles et d’honneurs, pas seulement pour ce quil a fait pendant la guerre, mais pour tout ce dans quoi il a été impliqué tout au long de sa vie, et est encore impliqué à ce jour. La liste est longue et complète, comme elle doit l’être. Okill Stuart est un homme plus grand que nature.
Je ne peux le remercier assez d’avoir accepté de partager son histoire avec moi et de m’avoir permis de le prendre en photo dans le cadre de mon projet.
Okill Stuart est aussi un des directeur-fondateur du centre Juno Beach en Normandie.
*Okill Stuart nous a malheureusement quitté en juillet 2019 à l’âge vénérable de 98 ans. J’offre mes plus sincères condoléances à sa famille et ses proches. Nous avons perdu un grand homme.
Wolf Solkin, Deuxième Guerre Mondiale
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Wolf Solkin s’est battu durant la Deuxième Guerre Mondiale. Et Wolf Solkin continu de se battre. Il se décrit lui-même comme étant un activiste pour les vétérans vivant à l’hôpital de Sainte-Anne-de-Bellevue, Québec. La lutte de Wolf n’est pas seulement importante pour lui mais aussi pour les autres résidents de l’hôpital. Pour Wolf, la Deuxième Guerre Mondiale est le passé, la situation qu’il vit actuellement est plus importante. Je vais donc commencer à vous raconter son histoire en vous expliquant sa lutte pour de meilleurs soins, avant de vous raconter son histoire de guerre.
Wolf a 96 ans et habite l’hôpital des vétérans depuis plusieurs années. Il y a quelques années, l’hôpital a été vendu au gouvernement provincial par le gouvernement fédéral et est devenu un CHSLD. L’entente stipule que le niveau de soin aux vétérans qui existaient sous le gouvernement fédéral doit être maintenu, malgré la vente de l’hôpital. Pour y arriver, le gouvernement fédéral envoi au gouvernement provincial un certain montant d’argent par vétéran. Cet argent doit être dépensé pour le soin des vétérans. Mais Wolf dit que depuis le passage du fédéral au provincial, il s’est produit un changement drastique dans le soin aux résidents vétérans. Après la vente de l’hôpital, 40% des employés ont quitté et il est très difficile de les remplacer. Wolf se demande où est passé l’argent du gouvernement fédéral pour les vétérans, parce qu’elle ne semble pas faire une différence dans le niveau de soin qu’ils reçoivent. Il a essayé plusieurs fois d’obtenir l’information en utilisant plusieurs moyens à sa disposition mais il n’a pas été en mesure d’obtenir une réponse. Après 3 ans d’effort restés vains à écrire et envoyer des lettres aux différents paliers de gouvernements, aux journaux, et après plusieurs apparitions à la télé, à la radio et dans les magazines, Wolf a décidé de poursuivre les deux gouvernements et l’administration de l’hôpital. L’ironie suprême est qu’il s’est battu pendant la guerre pour préserver ces gouvernements… et il se bat maintenant contre eux pour préserver les soins aux vétérans. C’est ce combat qui est important pour Wolf. Il ne le fait pas seulement pour lui mais aussi pour les autres vétérans de l’hôpital qui ne peuvent le faire ou qui ont peur de le faire.
Wolf est courageux, tout comme il l’a été pendant la guerre.
Wolf est né en 1923 et s’est enrôler à 19 ans alors qu’il étudiait la sociologie à l’Université McGill à Montréal. Wolf a toujours été très antifasciste, en plus d’être Juif ce qui le rend très antinazi. Il était membre du bataillon d’entrainement des réservistes de McGill. En 1942, pour encourager les gens à s’enrôler, McGill donne la possibilité à ses étudiants de dernière année de s’enrôler tout en faisant leurs examens pour l’obtention de leur diplôme. C’est ce que Wolf décide de faire. Il gradue avant de partir à la guerre.
Dans l’armée, Wolf choisi l’artillerie. Il devient officier et part pour l’Angleterre en 1943 pour poursuivre l’entraînement et attendre d’être appelé. Les soldats s’entraînent pour le Jour J. Ils savent que l’invasion approche mais ils ignorent quand exactement elle se produira.
Pendant son entraînement en Angleterre, Wolf rencontre Bill O’Donnell, un autre Montréalais. Ils deviennent rapidement des meilleurs amis. Un jour, Wolf est à l’arrière d’un convoi sur une motocyclette pendant un entraînement lorsqu’il est victime d’un accident sérieux. Il doit alors passer plusieurs mois à l’hôpital pour des soins et de la réhabilitation. Lorsqu’il sort enfin, le haut commandement n’est pas très à l’aise à l’idée de lui faire rejoindre une unité d’artillerie puisqu’il a souffert de plusieurs concussions. Wolf décide alors de transférer dans l’infanterie. En tant que Montréalais, on lui offre un poste d’officier dans le Blackwatch. Mais le régiment Algonquin cherchait deux officiers. Wolf et son meilleur ami Bill veulent rester ensemble et donc ils choisissent tous les deux de transférer dans le régiment Algonquin et sont envoyés au combat.
Wolf ne veut pas entrer dans les détails des combats: la guerre, c’est la guerre. Malheureusement, Wolf et Bill représentent à eux deux ce qu’est la guerre: Wolf en est revenu, pas Bill.
Depuis ce temps-là, Bill n’a jamais quitté Wolf; ce dernier transporte la photo de son meilleur ami partout où il va. Wolf l’amène aussi à toutes les cérémonies auxquelles il assiste, à tous les jours du Souvenir. Pendant la guerre, avant le combat, Wolf et Bill s’étaient promis que celui qui allait survivre allait contacter la famille de l’autre. Au moment de sa mort, Bill avait une fille qui était encore un nourrisson. Elle n’a jamais connu son père. Il a fallu 40 ans à Wolf mais il a finalement pu la retrouver et remplir la promesse faite à son ami. Il a enfin pu lui transmettre le message de son père: « Dit à ma fille que je l’aime ». Les années ayant passées, la fille de Bill a maintenant 6 enfants et des petits-enfants. Toute la famille n’avait que très peu d’information sur Bill. Wolf a pu leur parler de Bill et leur remettre une copie de sa photo. Wolf et la fille de Bill sont toujours en contact aujourd’hui.
À ce jour, lorsque des gens se rendent en Hollande pour différentes raisons, comme un pèlerinage militaire, Wolf s’assure de leur donner des photos, des souvenirs personnels, des badges, des lettres à être enterré à la pierre tombale de Bill.
Wolf dit que les séries et les films au sujet de la guerre sont assez près de la réalité. Mais qu’ils montrent souvent seulement l’héroïsme. Ils ne montrent pas la peur, l’incertitude. L’instinct de conservation de soi qui se bat contre l’instinct d’aller au combat. Ce sont là les réalités de la guerre. Wolf dit que le courage est de continuer de se battre malgré le fait que vous soyez terrorisés.
La photographie que Wolf tient dans ses mains est celle de son meilleur ami Bill O’Donnell. Je souhaite la meilleure des chances à Wolf dans son combat contre le gouvernement pour l’obtention de meilleurs soins pour les gens qui se sont battus pour nous pendant la Deuxième Guerre Mondiale et la guerre de Corée. Merci Wolf d’avoir partagé votre histoire avec moi. Vous êtes un géant et je n’oublierai jamais notre rencontre.
Major Jean-Guy Plante
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De l’Abitibi au Rwanda, ou l’histoire de Jean-Guy Plante.
Né en Abitibi le 13 février 1943, Jean-Guy est l’aîné de 5 enfants. Il grandit à Saint-Félix, où son père travaille dans la machinerie lourde. Il aime à dire qu’il est né dans un camion et qu’il a été élevé dans un tracteur. Toute sa jeunesse, il se voit devenir chauffeur de gros camion. Dès son adolescence, il travaille pour son père l’été et va à l’école l’hiver. Il termine son cheminement scolaire avec l’équivalent d’une 9e année.
À l’aube de ses 17 ans, c’est une rencontre avec son cousin venu en Abitibi pour le Temps des Fêtes qui va changer la vie de Jean-Guy. Son cousin était dans les Forces Armées. À la messe de minuit, il portait son uniforme. Jean-Guy est très impressionné et il décide alors que c’est ce qu’il veut faire. Il en parle avec ses parents, qui sont contre l’idée, particulièrement son père. Mais malgré son opposition, son père va le reconduire au centre de recrutement quelques semaines plus tard. C’est ainsi que débute la carrière de Jean-Guy dans les Forces.
Initialement, il veut joindre la Police Militaire. Mais on le lui refuse, puisqu’il ne fait pas le poids, même s’il a la grandeur. Il débute alors sa carrière dans les blindés, mais de façon temporaire: quand il aura le poids, il pourra demander un transfert dans la Police Militaire. Jean-Guy s’efforce de prendre du poids et va se faire peser souvent. Un bon jour, ses efforts portent fruits! Il peut alors transférer et débuter sa carrière de Policier Militaire. Sa première affectation est à Montréal. C’est aussi durant cette période qu’il rencontre sa femme et se marie.
En 1964, il participe à sa première mission de Casque Bleu au Congo. Pour un petit gars de l’Abitibi qui n’est jamais sorti du pays, ce fut tout un choc! Un choc thermale, d’abord, mais aussi un choc culturel : issu d’un petit village en Abitibi, il n’avait vu que très peu de personnes de couleur. Il est aussi marqué par la très grande pauvreté. Il reste sur place quelques mois.
Après son retour et quelques mois après la naissance de son fils, on offre à Jean-Guy de partir en Allemagne pour trois ans. Il accepte sans hésitation! Au final, c’est 5 ans qu’il passera là-bas avec sa famille. À son retour, il est muté à Saint-Hubert. Ne pouvant plus avoir d’enfants, sa femme et lui décident d’adopter. En 1974, leur vœu d’avoir une fille est exhaussé. Ce fut un moment important et émouvant pour la famille, qui a attendu longtemps pour avoir cette opportunité et qui a vu sa vie changer en l’espace de quelques heures.
Après quelques années dans les Forces, Jean-Guy avait atteint le grade de Sergent. Mais pour continuer de monter et devenir officier, il doit retourner à l’école. D’ailleurs, son patron le lui conseille fortement. Il prend alors la décision de suivre ce conseil, et ira à l’école le soir pendant 4 ans. Tout ces efforts ne seront pas en vain : après avoir complété son éducation, il est promu Lieutenant.
C’est en 1978-1979 qu’il part pour sa deuxième mission de Casque Bleu, cette fois en Égypte et en Israël. Cette mission lui permet de visiter l’Égypte, Israël et la Syrie. À son retour quelques mois plus tard, il est promu Capitaine et devient commandant de la Police Militaire de Val-Cartier. Il y restera quelques années. De retour à Saint-Hubert en 1985, il est promu Major et est transféré au quartier général de l’armée, puis deux ans plus tard, au quartier général de l’unité des enquêtes spéciales de la Police Militaire. Il occupe alors le poste qu’occupait autrefois son patron qui lui avait conseillé de retourner à l’école. N'était-ce pas là un excellent conseil?
Jusque là, Jean-Guy avait été un homme de terrain. Il est alors muté à Ottawa où il doit faire plus de travail de bureau que de travail de terrain. Mais Jean-Guy est un homme d’action et le travail de bureau, ce n’était pas sa tasse de thé. Il demande à son patron de le sortir de là. L’âge de sa retraite approche et il ne veut pas finir sa carrière dans un bureau. On lui propose alors d’aller en Somalie. Il est plus que d’accord et va lui-même insister auprès des personnes concernées pour être choisi. En 1994, on lui donne l’affectation pour la Somalie, ce qui le rend très heureux : il peut enfin retourner sur le terrain.
Il s’agit d’une autre mission de Casque Bleu. En Somalie, il est chargé de la reconstruction de la nouvelle police somalienne. Il aime beaucoup son travail, qui est très intéressant et stimulant, un travail sur le terrain, comme il aime, dans un pays qui relève d’une guerre et où un élément de danger est encore présent. Il a une centaine de personnes qui travaillent pour lui.
Il était en Somalie depuis environ 2 mois et demi lorsque se produisent les événements du Rwanda. Nous sommes en avril 1994, c’est le Génocide Rwandais. Le général Dallaire est le commandant sur place au Rwanda. Il demande d’avoir 2 ou 3 autres officiers canadiens pour l’aider car à ce moment là, il n’y a qu’un autre canadien qui travaille avec lui, les autres faisant partis des forces issuent de plusieurs pays différents. Une entente est faite avec les Nations-Unies pour transférer Jean-Guy et deux autres Majors de la Somalie au Rwanda. Il doit alors rester au Rwanda deux mois et retourner en Somalie après. Il ne sait pas ce qui l’attend mais il est content d’y aller. C’est un homme d’action.
Il connaissait déjà le Général Dallaire depuis une quinzaine d’années. Une fois sur place, sa première mission est de faire des évacuations de personnes en danger de mort. Un travail dangereux, mais sur le coup il n’a pas peur car le travail de terrain, c'est pour lui. Dans le même temps, de plus en plus de journalistes du monde entier arrivent sur les lieux. Mais l’ONU n’a pas de porte-parole sur place et cela pose problème. C’est donc le Général Dallaire qui fait le travail. Mais c'est un homme occupé, il n’a pas le temps de faire ce travail en plus de tout ce qui se passe et qu'il doit gérer. Il décide alors que Jean-Guy sera le porte-parole. C’est ainsi que le Major Plante devient le porte-parole militaire officiel des Nations-Unies au Rwanda. À ce moment là, Jean-Guy commençait à peine à se démêler entre les Tutsi et les Hutu! Il a dû apprendre rapidement ce nouveau métier dans des circonstances pas évidentes. Quel travail! Il est aussi en charge de la sécurité et du transport des journalistes et des médias qui se fait dans les véhicules des Nations-Unies. Chaque matin, il y a une conférence de presse et les journalistes décident alors où ils veulent aller. Jean-Guy les accompage. Il peut aussi refuser, s’il juge que c’est trop dangereux: le respect des combattants envers les véhicules des Nations-Unies n’est pas total. Cela augmente le niveau de danger. Selon Jean-Guy, ce respect a presque complètement disparu aujourd’hui. Cela est dû en partie au fait que les guerres sont maintenant souvent des guerres civiles.
Au lieu du 2 mois sur lequel on s’était entendu, Jean-Guy reste finalement 1 an au Rwanda et il ne retourne pas en Somalie. Durant son année au Rwanda, Jean-Guy participe à certains événements qui lui valent d’être décoré par le Gouverneur général. Un des ces événement est le sauvetage d’un père et ses deux garçons, après que la femme et les filles du père en question eurent été massacrées durant le Génocide.
Jean-Guy ne parle pas de qu’il a vu au Rwanda. Ce sont des choses qu’il souhaite garder pour lui, des choses qui lui sont personnelles. Nous savons aujourd’hui assez de choses sur ces événements pour comprendre que nous ne pouvons pas lui en vouloir.
À son retour, il lui reste environ un an avant sa retraite. L’Armée est alors dans un période de réduction de ses effectifs. On lui offre une possibilité de retraite anticipé, il accepte parce qu’il sait que de toute façon, il n’a pas le choix de prendre sa retraite. Mais sans cela, il serait resté. Il a adoré sa carrière militaire.
Dans les années qui suivent sa retraite de l’armée, Jean-Guy ne chôme pas! Il travaille pour l’ONU, entre autre au Togo et au Mozambique. Il est aussi consultant (et un peu acteur!) pour le film « J’ai serré la main du diable », basé sur le livre du Général Dallaire sur les événements au Rwanda.
Lorsqu’on le rencontre, Jean-Guy est un homme impressionnant, plus grand que nature. Son histoire est extraordinaire et marquante. J’aimerais le remercier d’avoir pris le temps de la partager avec moi.
Caporal Anthony Langlois-Savard
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Malgré son jeune âge, Anthony fait partie de l'armée canadienne depuis déjà 12 ans. Enfant, il voulait devenir avocat (parce que selon ses propres mots, il a une grande gueule) ou policier. Anthony a toujours eu une passion pour les armes, mais aussi pour l'histoire. En 2007, à seulement 16 ans, il opte pour l'armée et s'engage en tant que réserviste. Et c'est comme réserviste d'infanterie qu'Anthony participera a sa première mission en 2009, en Afghanistan.
Anthony a toujours su qu'il voulait aller dans cette mission. Il voulait voyager, vivre une expérience. L'Afghanistan, ce n'est plus un exercices, c'est faire ton travail pour vrai.
Stationné à Kandahar City, Anthony est garde de camps: il patrouille, participe aux fouilles, etc.
Seulement deux semaines et demi après son arrivée, il se prépare à se coucher après un quart de nuit. Il est 12h06. Un boom retentit au Palais du Gouverneur. L'alarme est déclenchée, il se lève et se précipite quand un deuxième puis un troisième boom se font entendre. Trois Afghans se sont fait sauter. C'est la réalité des missions. Selon lui, c'est le premier événement qui marque le plus.
Malgré cela, Anthony continue et termine sa mission, et il y retournerait sans hésiter. Ce fut pour lui une expérience positive malgré tout.
À son retour, Anthony transfert dans l'armée régulière où il signe pour 25 ans. Il a alors 19 ans. Après quelques années de plus à l'infanterie où son corps souffrent beaucoup (problèmes de dos, genoux, ouïe, choc post traumatique léger), Anthony change de métier et joint les Forces de l'air. Il travaille maintenant avec les missiles et les munitions sur les jets.
Anthony vit l'armée. Il respire l'armée. Il s'est fait faire plusieurs tatouages et chacun d'entre eux représentent l'armée. Ceux que vous voyez sur la photo: le castor du 22e régiment tenant une arme, celle qu'Anthony a utilisé pendant 6 ans sur ses 8 ans d'infanterie. Un joker et un scorpion sur son épaule qui représente sa compagnie et l' Afghanistan. Les signes chinois sur son bras qui veulent dire Victoire, Brave et Loyauté. Et ceux que nous ne voyons pas, dont le nom de son sergent en Afghanistan qui souffrait d'un choc post-traumatique et qui s'est suicidé en 2017. Et il l'intention de rajouter d'autre tatouage.
Il a encore la moitié de sa carrière devant lui et en lui parlant, on sent sa passion. Nous lui souhaitons bonne continuation!
Adjudant Gilles Lavoie
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Gilles est né en 1952 dans une Église. Vous avez bien lu.
Jeune, il voulait devenir policier ou pompier, ou encore monteur de ligne chez Hydro-Québec, comme son père.
C'est en 1968 à l'âge de 16 ans que Gilles vit ses premières expériences avec les Forces Canadiennes en joignant la réserve. Il restera réserviste jusqu'en 1975. Durant cette période, en 1973, Gilles est déployé pour la première fois en Égypte et en Israël en tant que chauffeur. Quelle expérience ce fut pour lui! Un jeune homme qui n'avait jamais voyagé quitte pour un an dans des pays si lointain. Malgré les difficultés, Gilles garde d'excellent souvenirs de cette première mission.
À son retour, il rencontre sa femme et décide de devenir policier. Mais il est un peu trop petit pour la GRC. Il décide donc de s'engager dans l'armée permanente. Nous sommes en 1975.
Pendant la première partie de sa carrière en tant que chauffeur, Gilles aura l'occasion d'escorter les athlètes pendant Olympiques de 1976, d'être déployé en Australie puis en Allemagne, où il restera 4 ans.
En 1980, il décide de changer de métier au sein des Forces et devient Police militaire. Le voilà enfin policier!
Entre 1980 et 2012, date de sa retraite, Gilles participera à des missions des Nations Unies et de l'Otan (Chypre, Bosnie, République Centre-Africaine entre autre). Il travaillera à la sécurité dans les ambassades à Paris pendant 4 ans, en Syrie durant la Guerre du Golfe, au Pérou, au Nigéria,... en plus de faire d'autres déploiements en Colombie, au Mexique, au Honduras, en Afghanistan et plusieurs autres endroits.
Sa dernière mission sera à l'ambassade en Haïti pendant 1 ans, en 2011. Gilles a adorer sa carrière et toutes les opportunités qui ce sont présentés à lui. Il est aujourd'hui Président de la Légion canadienne de Beloeil et continu de s'impliquer auprès des vétérans.
Un gros merci à Gilles pour une superbe rencontre!
Raymond Playfair, Deuxième Guerre Mondiale
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Laissez-moi vous présenter un grand homme, Raymond Playfair.
Raymond est un canadien qui a grandit en partie en Angleterre. Sa mère et sa grand-mère dirigeaient un pub là bas. C'est en Angleterre qu'il habitait et qu'il travaillait au déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale. À ce moment là, il était employé dans une usine de construction et d'assemblage d'avions. Après le début de la guerre, dès qu'il atteint l'âge nécessaire, il décide de s'engager et de devenir soldat. Il avait toujours rêvé d'être soldat. Il aurait pu s'engager dans l'armée anglaise, où il avait été sergent dans les cadets. Mais lorsque vient le moment de choisir sous quelle bannière se battre, c'est le Canada qu'il choisi.
On lui offre de devenir Capitaine en commençant vu son expérience dans les cadets anglais. Mais il refuse, il veut commencer en tant que soldat. Puisqu'il venait de Montréal, il joint le Blackwatch. Cependant, la campagne d'Italie avait commencé et l'armée voulait envoyer des forces là-bas. Raymond rejoint alors le régiment Hastings and Prince Edward. Ce régiment a plus de décorations que n'importe quel autre pendant la guerre. Raymond les rejoint en Italie continentale.
Il participera a de nombreuses rencontres entre les Allemands et les Canadiens, dans des conditions difficiles: la chaleur, la boue, la manque d'eau potable, etc.
Raymond a été blessé pendant la campagne d'Italie. Il était dans une maison avec d'autres soldats et défendait la position. Il était au rez-de-chaussée et les autres hommes à l'étage. Un soldat allemand blessé et apeuré entre dans la maison et Raymond se rend compte qu'il s'agit d'un médique. Il saigne abondamment. Raymond s'occupe de lui apposer des bandages. Le soldat allemand est très nerveux, bien sûr. Il montre des photos de sa famille à Raymond. Celui-ci lui dit de ne pas s'inquiéter, puisqu'il est un médique, rien ne lui sera fait. Il lui propose de soit le prendre prisonnier ou de le laisser retourner rejoindre les siens. Le médique Allemand est surpris et décide de repartir. Raymond monte à l'étage et constate que les Allemands commencent à les encercler. Il leur lance alors des grenades. Il retourne alors d'où il venait et en regardant dans la maison, il trouve des oiseaux empaillés. Cela lui fait penser à sa grand-mère qui les aime bien. Quelques minutes plus tard, un tank commence à tirer sur la maison. Raymond est touché et perd connaissance. Quand il se réveille, il est couvert de plume et pour quelques secondes dans sa confusion, il est convaincu d'être un oiseau! Mais seulement pour quelques secondes, car il perd connaissance de nouveau. Quand il se réveille la prochaine fois, blessé à la jambe, il est en train de se faire traîner par les épaules par deux Allemands. Ils sont en train de le transporter où se trouve les autres canadiens. Il s'évanouit de nouveau. À son réveil, on le place avec les autres et il voit arriver un docteur allemand. Il avait été envoyé pour soigner les canadiens par le médique allemand qu'il avait aidé plus tôt, puisque le médique canadien était mort. Le destin...
Raymond se fait soigner et de retour en Angleterre, il a l'opportunité d'aller se battre au Japon avec un arrêt au Canada. Il est au Canada quand la guerre se termine avant qu'il ait l'occasion de partir au Japon. On lui offre de retourner en Angleterre mais l'amour le fait rester, pour toujours. C'est pendant son séjour au Canada qu'il rencontre l'amour de sa vie, celle qui deviendra sa femme pour les 68 prochaines années, jusqu'à ce jour.
Lorsque Raymond raconte son histoire, on comprend que comme un chat, il a plusieurs vies. On lui a tiré dessus si souvent pendant la guerre... Après la guerre, Raymond retournera faire un voyage en Angleterre et ira visiter ses anciens collègues de travail. À son arrivée, il apprend qu'un obus est tombé sur l'usine et qu'ils sont tous morts... Raymond a vraiment plusieurs vies...
Ce fut un véritable honneur de rencontrer Raymond Playfair. Un grand homme.
Colonel Pierre St-Cyr
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Né à Verdun, le Colonel Pierre St-Cyr est un passionné d'aviation depuis l'enfance. Dès l'âge de 16 ans, Pierre prend un cours de pilotage et réalise sa passion tout en allant à l'école. Lorsqu'il prend la décision de devenir pilote professionnel, l'armée se présente comme le meilleur choix pour vivre sa passion le plus rapidement possible. Il a 20 ans lorsqu'il s'engage.
Après son entraînement, on lui offre deux choix: les avions à ailes fixes ou les ailes tournantes, les hélicoptères. Attiré par les types de missions qu'offrait cette dernière possibilité, c'est ce qu'il choisi. Après sa graduation, on lui offre une position sur les hélicoptères tactiques, rattachées à l'armée de terre. C'est dans cette branche qu'il fera sa carrière.
Ses nombreuses missions en tant que pilote l'ont mené deux fois en Haïti en 1997 et 2004 (cette fois en tant que commandant de l'unité de l'aviation canadienne) et aussi en Bosnie en 1999 avec l'OTAN, où il était commandant du détachement d'hélicoptères.
Pierre a adoré sa période de vol au sein des Forces, où il a pu voler autant qu'il voulait, réalisant son rêve d'enfance. Pour lui, cela a confirmé qu'il avait fait le bon choix en allant au centre de recrutement.
Lorsqu'il atteint le rang de Colonel, Pierre s'oriente sur une deuxième carrière, la diplomatie de défense. Détenant un BAC en Études militaires et stratégiques et une maîtrise en Gestion de projet axé sur les projets internationaux, il devient conseiller à l'ambassadeur canadien aux Nations Unies, puis un peu plus tard il part en Afghanistan où il sera Conseiller avec l'équipe stratégique. Il a beaucoup appris et aimé ses missions.
Il joint ensuite le Corps des Attachés de Défense. Ceux-ci sont des conseillers à l'ambassadeur dans une ambassade canadienne pour tout ce qui concerne la défense et la sécurité et aussi l'interlocuteur auprès du ministère de la Défense du pays dans lequel ils sont. On lui offre de partir pour la Russie. Il accepte, apprend le Russe et vivra là-bas une expérience très intense et très intéressante. Un rôle très important, qui sert à faire briller le Canada, un rôle politique mais aussi de développement des relations entre les différents pays pour lesquels il était aussi attaché de défense.
À son retour au Canada, il lui reste un an avant de prendre sa retraite. À ce moment là, Pierre a déjà passé 35 ans dans les Forces armées canadiennes. On lui offre d'aller en Haïti en tant que Chef d'État Major. Il est en charge une force de 7000 hommes provenant de 19 pays. Il est resté un an et a beaucoup aimé son expérience.
À son retour, il lui reste 4 jours avant sa retraite des Forces. Mais une crise se déclare en Ukraine. Le Chef d'État-major l'appelle alors et lui demande s'il peut rester un autre deux ans et se rendre là-bas. Ce ne fut pas une décision difficile à prendre. Il quitte peu après pour l'Ukraine. Les événements se déroulant dans ce coin du monde à ce moment-là l'ont tenu occupé et ont rendu sa présence encore plus importante.
Après ses deux ans de service là-bas, après 37 ans de carrière, Pierre décide de prendre sa retraite, pour vrai cette fois. Au moment de sa retraite, Pierre était avec son épouse depuis 31 ans. Durant ces 31 ans, il a été en mission à l'extérieur pendant 11 ans et demi. Son épouse l'a toujours soutenu et accompagné dans ces choix, ses décisions et ses missions.
Pierre n'a jamais regretté son choix de s'être engagé. Les Forces sont exigeantes mais généreuses. Elles lui ont permis de voyager, faire des études, de connaître d'autres cultures, d'autres langues et de vivre l'adrénaline qu'il voulait avoir. Il a connu l'esprit d'équipe et la camaraderie qui sont encore très importantes aujourd'hui.
Je veux remercier Pierre d'avoir pris le temps de me parler et de poser pour le Projet Vétérans. Ce fut un réel plaisir d'entendre son histoire, sa passion et c'est un réel plaisir de la transmettre à travers ce projet.
Hugh Brodie, Deuxième Guerre Mondiale
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Hugh est né à Montréal, Québec en 1926. Il était encore un bien jeune homme lorsqu’il fit son entrée à l’université McGill en 1943 pour y étudier la médecine. Il n’avait jamais vraiment imaginé faire carrière en médecine, mais son beau-père était un neurologue. Un jour, il a amené Hugh avec lui à son travail à l’hôpital et Hugh fut fasciné par ce qu’il a vu là-bas. C’est à partir de ce moment que son intérêt pour la médecine s’est développée jusqu’au moment de faire son entrée à McGill; lorsqu’on lui a demandé quelle direction il voulait prendre pour ses études, il a spontanément répondu la médecine, comme ça, sans y réfléchir. C’est de cette façon qu’a commencé sa carrière en médecine.
À cette époque, l’effervescence de la guerre avait pris Montréal d’assaut: beaucoup de militaires, hommes et femmes, et beaucoup d’activité et de mouvement. Le rationnement n’était pas quelque chose de particulièrement difficile. La conscription par contre, c’est une autre chose, surtout au Québec. Même si c’était les politiciens qui en parlaient le plus, on pouvait sentir que ce sujet était délicat au Québec comparé au reste du Canada.
En avril 1944, après un an à McGill, Hugh prend l’importante décision de participer à la Deuxième Guerre Mondiale en se joignant à la Marine Marchande Canadienne. Il n’avait que 17 ans à l’époque, mais beaucoup de jeunes gens de son âge entraient dans l’armée pour participer à la guerre. Tous ses amis s’étaient joints soit à l’armée de l’air ou à l’infanterie. Mais Hugh était trop jeune pour joindre aucune de ces deux branches de l’armée. Seulement la Marine marchande acceptait les hommes aussi jeunes que lui. Deux jours plus tard, il était déjà en route vers l’Europe. Son bateau était l’un des premiers à partir cette année là, puisque le printemps venait tout juste d’arriver. Il était rempli de munitions, d’avions, de fusils, d’ambulances et même de quelques trains. Hugh n’avait jamais été sur un bateau avant, il n’avait jamais vu l’océan ou même la marée. La première fois qu’il l’a vu, il était totalement surpris! Il a aussi goûté à l’eau pour découvrir qu’elle était salée! Ces fut là ses deux plus grandes surprises au début de son parcours.
Son bateau s’est joint à un petit convoi de 8 bateaux. Ils firent leur premier arrêt en Nouvelle-Écosse. Ils ont ensuite rejoint un convoi de 178 bateaux, le plus grand convoi à ce moment là. Tout ce qu’ils transportaient avec eux était en prévision du débarquement de Normandie.
Sur le bateau, il occupait le poste de mousse aide-cuisinier : il préparait et servait les repas. Il n’a jamais eu le mal de mer, malgré une traversée parfois houleuse. À l’époque, il fallait quatre semaines aux convois pour arriver en Europe. Les convois se déplacent très lentement. À leur arrivée en Angleterre, les marins ont quelques jours de congé et leur arrivée coïncide au moment où l’Allemagne fait tomber ses premières bombes V1 au dessus de Londres. Mais même s’ils se faisaient bombarder, cela ne changeait pas la routine des Londoniens. Hugh n’a jamais eu peur une seule fois pendant toute son expérience à la guerre. Selon lui, c’est le fait qu’il était encore très jeune et naïf qui explique pourquoi il ne ressentait pas la peur. Il ne comprenait pas que ce qu’il faisait était dangereux, que ce soit lorsqu’il était sur le bateau ou dans une ville qui se faisait bombarder de façon régulière. Sa mère, par contre, avait très peur pour lui. Mais elle était aussi très fière de lui, ce qui rendait Hugh très heureux.
Les marins ne recevaient que très peu de nouvelles du monde extérieur lorsqu’ils étaient en mer. On leur disait les grandes nouvelles importantes comme celle du débarquement de Normandie, mais ils n’obtenaient aucun détail avant d’avoir atteint leur destination. Il se trouve que la Normandie fut elle-même une destination pour Hugh : juste après le débarquement, son bateau faisait partie de ceux qui ont débarqué du matériel pour les soldats. Son séjour dans la Marine marchande l’a mené à plusieurs destinations différentes, partout en Europe et en Afrique du Nord.
Lorsque la guerre s’est terminée, il était temps pour Hugh de retourner poursuivre ses études à McGill. À cette époque, il connaissait bien l’importance de l’événement auquel il venait de participer, mais il lui a fallut 20 à 30 ans et la rencontre de plusieurs autres vétérans avec chacun leurs histoires et leurs expériences pour qu’il réalise vraiment le danger dans lequel il était au moment de la guerre. À son retour à McGill, il étudiait avec d’autres vétérans dont certains qui avaient eu des expériences terribles : quelques uns avaient été fait prisonniers par les Japonais ou les Allemands, plusieurs avaient été blessés… c’est côtoyer ces vétérans, cette génération d’hommes, qui lui a fait réaliser à quel point il avait vécu une expérience dangereuse et combien il était chanceux d’avoir vécu l’expérience qu’il a vécu, comparée à celles des autres. Globalement, naviguer sur ces bateaux fut une bonne expérience pour Hugh. Il a pris beaucoup de maturité en quelques années.
Lorsqu’il faisait sa résidence à l’Hôpital pour enfants de Montréal, il s’est rendu à une fête au Club des Officiers de la Marine. Là bas, lui et un autre vétéran nommé Willie regardaient des photos de bateaux de la guerre de 1812. Ils se sont mis à parler de la Deuxième Guerre Mondiale et Hugh a mentionné qu’il y avait participé. Willie a dit que lui aussi y avait participé, mais du mauvais côté : Willie était Allemand et il avait été un sous-marinier de la marine Allemande. Alors qu’ils discutaient et en apprenaient plus sur l’expérience de l’autre, ils se sont rendu compte que le sous-marin de Willie avait attaqué le convoi dont Hugh faisait partie. Par chance, personne n’a été blessé pendant l’attaque. C’était d’ailleurs la dernière attaque à laquelle Willie a participé. N’est-ce pas incroyable? Willie, en tant que sous-marinier allemand, a tenté de tuer Hugh. Et à ce moment là, Hugh aurait été aussi heureux de voir Willie mourir… Pendant la guerre, ils étaient seulement deux jeunes hommes qui se battaient l’un contre l’autre comme tant d’autres, pour des raisons qui ne leur appartenaient pas. Ils faisaient parti de quelque chose qui était plus grand qu’eux, une chose sur laquelle il n’avait aucun contrôle et qui faisaient d’eux des ennemis. Mais après la guerre, tout était différent. Ils sont devenus de bons amis.
J’aimerais remercier Hugh pour sa participation à mon projet. Ce fut un honneur de le rencontrer ainsi que sa femme Lyne, d’écouter son histoire et de le prendre en photo. Merci pour tout M. Brodie.
Lynton Martin, Deuxième Guerre Mondiale
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Lynton Martin est né en 1923 à Londres en Angleterre. Lorsqu’il était enfant, Lynton et sa famille déménageaient souvent pour le travail de son père. Avant d’avoir 18 ans, Lynton avait déjà fait 4 ou 5 écoles différentes. Il a 16 ans au début de la Deuxième Guerre Mondiale. Le père de Lynton est un pacifiste. Il ne croit pas aux uniformes et à quoi que ce soit qui à trait au militaire. Il a même refusé de laisser Lynton se joindre au cadet de l’air parce que pour lui, c’est un groupe de type militaire, ce qui n’est pas faux. Lynton s’inscrit à l’école des arts où il rest environ 1 an, mais il sait déjà qu’il va éventuellement porter un uniforme. Il y a une guerre en cours et c’est la chose à faire. En attendant, il occupe 2 ou 3 emplois à temps partiel qu’il ne prend pas très au sérieux, puisqu’il sait qu’il va joindre les forces armées d’une façon ou d’une autre.
C’est à 18 ans que Lynton est conscrit et il reçoit alors son entraînement de base dans le Yorkshire. Après 3 ou 4 semaines, il passe des tests et la décision est prise qu’il ferait un bon artilleur. Il se joint donc à l’artillerie et est envoyé rejoindre une unité anti-aérienne. L’endroit où il est envoyé est très isolé. Il n’y a pas grand-chose à faire… aucun endroit où sortir. Lynton s’ennuit profondément. Il commence à se porter volontaire pour toute sorte de choses, n’importe quoi, même des folies! Comme sauter en parachute, faire partie de commandos… mais on lui refuse tojours. C’est alors qu’il voit une affiche dans le bureau qui dit : « Nous acceptons actuellement les demandes pour faire partie du nouveau régiment de pilotes de planeurs ». Lynton soumet évidemment sa candidature! Quelques jours plus tard on lui annonce qu’il part pour Londres. Lynton en est très heureux! Une fois à Londres, il doit passe plusieurs tests comme un test de QI, un autre de vision, etc. Puis il est renvoyé à son unité d’artillerie. Mais pas pour longtemps car peu après on lui annonce qu’il commencera l’entraînement pour devenir pilote de planeur.
Les soldats arrivent de partout pour devenir pilotes. Mais l’entraînement qu’ils reçoivent n’a rien à voir avec les avions! Ils apprennent les exercices de base, comment nettoyer leur fusil, comment polir le laiton de leur ceinture, etc. Ce ne sont pas tous les soldats présents qui deviendront pilotes: 60% à 70% sont renvoyés vers leurs unités. Lynton dit qu’il n’a jamais compris pourquoi il a été retenu: il n’était pas le genre à polir ses bottes! Mais après environ 2 semaines, on lui demande de monter dans un camion et on le conduit vers un petit aéroport au nord de Londres. Lynton n’y croit pas, il est si heureux de ne pas retourner vers son unité d’artillerie! Une fois à l’aéroport, il constate que les avions sont très petits et ressemblent beaucoup aux avions de la Première guerre mondiale sur plan technologique. Les nouveaux arrivés apprennent à les piloter et leurs instructeurs font partis de la Royal Air Force. Après avoir complété environ 8 heures de vol, on permet à Lynton de faire son vol en solo, après quoi il pratique encore un peu en vol. Puis il est envoyé vers un autre aéroport où se trouve des planeurs d’entraînement. Après environ 2 semaines, il change encore d’aéroport, cette fois pour s’entraîner sur des planeurs opérationnels.
En 1940, les Allemands avaient utilisés les forces aériennes avec des planeurs et des parachutistes pour prendre un fort situé en Belgique. Ce fort était considéré comme étant imprenable. Les Allemands l’avaient pris en 48 heures en utilisant des planeurs. Winston Churchill avait alors réalisé que l’armée britannique avait besoin de forces aériennes. C’est alors qu’avait été formé le régiment de pilotes de planeurs. Il existait depuis à peine deux ans lorsque Lynton s’y est joint.
Après un vol sur un planeur opérationnel, Lynton reçoit ses ailes et est envoyé rejoindre un escadron dans le sud de l’Angleterre. Nous sommes environ 3 ou 4 mois avant le Jour J. Il n’y a qu’environ 25 pilotes qui volent le type de planeurs que pilote Lynton. Il est 2e pilote et la plupart des 1ers pilotes de son groupe viennent tout juste de compléter la première opération aérienne en Sicile. Au niveau militaire, l’opération avait été un succès. Mais dans les faits, elle avait été un terrible désastre: plusieurs choses s’étaient mal passées et il y avait eu beaucoup de perte de vies inutile. Environ 40 pilotes de planeurs y avaient perdu la vie.
Tout le monde était prêt pour le Jour J et le 6 juin 1944, 90% du régiment quitte pour la Normandie… mais pas l’escadron de Lynton. Ils sont très surpris et très déçus, croyez-le ou non. Avec le recul, il fallait être un peu fou pour être déçu de ne pas y aller! On leur dit qu’on les garde en réserve pour des missions spéciales. Après environ 1 mois et demi, on leur annonce qu’ils partent enfin pour la France, pour la Breatgne plus spécifiquement. Leur mission est d’amener des Jeeps pour aider la résistance. Ils doivent atterrir dans un petit endroit dans le sud de la Bretagne et être attentif pour trouver un feu allumé par la résistance qui leur indiquera où atterrir.
Lynton et le premier pilote, nommé Harry, décollent autour de 18 ou 19 heures avec le reste de l’équipage et le jeep. La météo est bonne pour voler. Après 3-4 minutes, une pièce de la cabine se détache. C’est une petite pièce mais Harry craint que le planeur de désintègre. Ils décident de rebrousser chemin, atterrissent et changent de planeur. Ils redécollent et à leur arrivé en Bretagne, il commençe à faire nuit et ils aperçoivent le feu. Ils débutent les procédures d’atterrissage. Le champ où ils doivent atterrir est très petit et il y a un pommier en plein milieu. Le feu se trouve au bout du champ. Lynton remarque que plusieurs planeurs ont déjà atterrit. Harry et lui doivent décider de quel côté du pommier ils peuvent atterrir. Harry décide de choisir d’atterrir après le pommier mais ils réalisent vite que ce ne sera pas possible sans frapper le pommier… et c’est exactement ce qui arrive! Lynton et Harry perdent connaissance. Lynton se réveille et constate qu’il est blessé et qu’il peut à peine marcher. Il se trouve que le feu qu’ils avaient vu n’était pas le feu allumé par la résistance. Il s’agissait plutôt d’une maison brûlée par les Allemands. Les pilotes de planeurs n’avaient aucun moyen de le savoir. Heureusement, c’est la résistance qui les trouvent et ils les cachent des Allemands pendant 2 ou 3 semaines. Ces derniers offrent une récompense pour leur capture. Lynton et Harry sont gardés à plusieurs endroits différents: des maisons, une boulangerie (ils sont transportés dans la vanne de la boulangerie car la propriétaire a droit à plus d’essence pour pouvoir livrer son pain) et même dans un petit château. Le propriétaire du château est favorable aux Allemands mais heureusement, ce n’est pas le cas de ses employés et le propriétaire est absent C’est une très bonne cachette parce que personne ne pense à regarder là. Après un bout de temps, ils se retrouvent dans une petite ville où se trouve un couvent qui est utilisé comme un hôpital temporaire. Les sœurs et le docteur ne peuvent pas faire grand chose pour aider parce que les Allemands ont saisit tous les médicaments. Tout ce qu’ils peuvent faire est d’offrir un lit. Alors que Lynton et Harry sont là bas, ils reçoivent la visite d’un officier britannique qui est très surpris de les trouver là. L’officier réussit à les faire retourner en Angleterre. Lynton est envoyé dans un hôpital dans le sud de Wales.
Pendant qu’il récupère à l’hôpital, son régiment participe à une autre mission à Arnhem, qui se termine par un désastre total. Les pertes sont très élevées, en plus des blessés et des prisonniers. Le régiment subit de grosses pertes. Lorsque Lynton rejoint son escadron, il est étonné de voir si peu de pilote et se demande où ils sont tous…
Peu après, il est envoyé dans un autre escadron. À ce moment là, les Allemands perdent la guerre, mais cela ne les empêchent pas de continuer à se battre, ils refusent de céder. Le 24 mars 1945, le régiment de planeurs participe à sa dernière mission, appelée Opération Varsity. 400 ou 500 planeurs y prennent part. Le planeur de Lynton transporte un peloton complet de soldats. Une fois dans les airs, à environ un mile devant eu, un planeur est touché par un tir, prend feu et tombe vers le sol. Les planeurs doivent faire face à beaucoup de tirs anti-aériens. Alors que le planeur de Lynton se prépare à atterrir, un canon ouvre le feu directement devant eux. Lynton voit les balles passer sous ses pieds! La queue est touchée, le planeur pique du nez vers le sol. Tout le monde à bord est fortement secoué. Heureusement, Lynton n’a rien de cassé. Mais l’officier debout derrière les pilotes n’a pas cette chance: sa jambe est cassée. Lynton n’a jamais su ce qui est arrivé aux soldats qu’il transportait, mais ils ont sans doute été secoué violement et peut-être que certain ont été touchés par les balles. Ils atterrissent près d’une grande maison de ferme avec beaucoup de fenêtres. Lynton se dit que s’il était un commandant Allemand, il placerait des soldats dans une maison comme ça. Il se dit qu’il doit se rendre à cette maison le plus rapidement possible, avant que les soldats Allemands apparaissent aux fenêtres. Il court vers la maison et est le premier arrivé. Il se rend à la première fenêtre et voit qu’elle est ouverte. Il regarde à l’intérieur, voit un lit… et 6 fusils allemands. Il entre, passe la porte et se retrouve dans un corridor donnant sur d’autres pièces et une étable intérieur. Alors qu’il se tient là avec son petit fusil, une porte ouvre et deux femmes apparaissent, dont une tenant un bébé dans ses bras… et derrière elles, 6 soldats. Heureusement pour Lynton, ces soldats sont seulement des fermiers, pas des soldats de premières lignes, et ils ont sagement pris la décision qu’ils ne vont pas mourir pour Hitler. Ils se cachent au sous-sol. Et c’est là qu’ils seront gardés à vu.
Après quelques minutes, plusieurs soldats alliés entrent dans la maison, certains provenant du planeur de Lynton. La maison elle-même ne fait pas face à un feu direct. Mais Lynton commence à se sentir étourdit, probablement dû au choc de l’atterrissage, et il saigne. De l’autre côté du champs arrive un jeep arborant une croix blanche sur un fond rouge et deux soldats. Ils disent à Lynton qu’il devrait partir avec eux. Puisque les choses semblent être sous contrôle à la maison et qu’ils ne sont pas sous un feu direct, Lynton accepte. Il est alors transporté à une station de premier soin ou il passe le reste de la journée. Durant la nuit, il est transporté de l’autre côté du Rhin et envoyé dans un hôpital militaire à Bruxelles. À son réveil le lendemain matin, il se met debout et une voix crie: « INFIRMIÈRE! Il se lève! Il est un patient alité! » Pendant une seconde, Lynton pense qu’il sera mis en état d’arrestation! Mais rien de cela ne se produit et on lui accorde son congé quelques heures plus tard. Il est envoyé à Bruges où il passe la nuit. Le jour suivant, il retourne en Angleterre et c’est ainsi que se termine sa carrière militaire. Plus ou moins. Il ira passé un an et demi au Moyen-Orient avant d’être démobilisé. Et ça, c’est une autre histoire.
Lorsque Lynton s’est joint à l’armée, il ne savait même pas conduire une voiture… mais il est devenu pilote de planeur. Rien dans sa vie d’avant la guerre ne le destinait à devenir pilote. Et après la guerre, il n’a jamais plus piloté.
J’aimerai remercier Lynton et sa merveilleuse femme Isla pour leur temps. Ce fut très agréable d’apprendre à les connaître et de photographier Lynton.
Caporal Francine Paquette
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Francine est née dans le quartier Rosemont le 24 juillet 1961. Elle a grandi à plusieurs endroits, dont Montréal, Châteauguay et à Ville de Léry, où elle habite encore aujourd’hui.
La famille de Francine était particulière : son père était très strict et sa mère était moderne. L’aîné d’une famille de 3 enfants, Francine a deux frères plus jeunes qu’elle. Ils avaient beaucoup de liberté, ce qui n’était pas le cas de Francine. Dès le début de l’adolescence, elle est en conflit constant avec son père. Elle voudrait bien quitter mais comme elle est trop jeune, elle ne peut le faire. Cela ne l’empêche pas de le désirer ardemment. À la fin du secondaire, Francine veut se diriger vers la médecine. Elle en fait part à son père qui lui répond qu’elle n’a pas besoin d’un diplôme universitaire pour laver des couches. Elle doit alors se tourner vers d’autres options.
En 1978, à l’âge de 16 ans, elle voit la publicité de l’armée qui dit « Si la vie vous intéresse… » Elle se rend au centre de recrutement où elle apprend que l’âge minimum pour l’enrôlement est de 17 ans et qu’elle aura besoin de la signature d’un parent. Aucun problème. Elle va voir sa mère qui accepte de l’accompagner et de signer pour elle. Le jour de son 17e anniversaire, elle se rend au centre de recrutement avec sa mère, son père n’ayant pas encore été mis au courant. Il apprend seulement la nouvelle le jour où il va la reconduire à Saint-Jean-sur-Richelieu pour qu’elle débute son entraînement. Son père lui donnait 3 semaines avant qu’elle ne change d’idée : elle est restée 22 ans dans l’armée.
Le premier entraînement pour les soldats sert à leur montrer la base, mais aussi à apprendre aux soldats à prioriser. Francine a vite compris que tu ne dois pas te laisser impressionner par les demandes des officiers tels que nettoyer ses bottes, faire son lit, etc. L’important est de bien faire les choses sans se laisser affecter.
Suite à son entraînement, elle doit apprendre l’anglais. Elle passe 11 mois à l’école des langues.
Vient ensuite le moment pour Francine de choisir son métier. Elle choisit technicienne de moteurs d’avions. Elle va suivre sa formation à Summerside. Elle se rend vite compte que ce métier n’est pas pour elle. Elle termine quand même son cours mais elle ne réussit pas (volontairement ou pas, le mystère demeure) ses examens avec succès. Elle demande donc de changer de métier. Elle choisit le métier de commis-comptable et est transférée en Colombie-Britannique, où elle demeure 4 ans.
Francine se porte toujours volontaire à chaque fois que les Forces ont besoin de quelque chose. Cela lui permet de faire bien des choses et entre autre un séjour de 4 ans en Allemagne, où elle rencontre son premier mari, un officier. Être une femme dans l’armée n’est pas toujours évident, surtout à cette époque là. Fréquenter un officier alors que tu es une femme soldat peut être mal vu par certains. Francine en fit la triste expérience. Même après son mariage, qui eut lieu durant sa dernière année en Allemagne. De retour en Colombie-Britannique, elle vit une période sombre. Son mariage à un officier la met à l’écart. La coutume non-officielle veut que lorsque survient un mariage entre un officier et une soldate, la femme quitte les Forces. Elle ne veut pas réellement quitter l’armée mais elle prend malgré tout la décision de le faire. Grâce à son commandant et à ses arguments convaincants, elle décide de revenir avant la date de non retour. Elle a de la chance que cela soit possible et qu’elle puisse poursuivre sa carrière.
Francine milite beacoup pour que les femmes puissent aller à Chypre. L’armée y était présente mais les femmes n’avaient pas le droit d’y aller. Après beaucoup d’efforts, elle obtient finalement ce qu’elle veut : elle ira en mission à Chypre pendant 6 mois. Avant de partir, elle doit passer une batterie de tests. Mais surprise, son examen médical révèle qu’elle est enceinte. Elle ne peut donc pas y aller. Cela dit, sa lutte à permis à d’autres femmes d’y aller et d’en profiter.
Elle est ensuite mutée à Petawawa, mais ce ne fut pas une expérience tellement positive pour Francine. Une des personnes qui étaient contre son mariage s’y trouve. Cette personne lui a fait la pire évaluation de sa carrière lors de sa dernière année en Europe, juste avant son mariage. Mais en Colombie-Britannique, elle avait eu d’excellentes évaluations… Son séjour à Petawawa dure 3 an pendant lesquels cette personne essaye toujours de lui nuire.
Francine est ensuite mutée à Ottawa, ce qu’elle appelle le trou noir : tu sais quand tu y arrives, mais tu ne sais pas quand tu vas quitter. Elle aime les premières années là-bas mais après un bout de temps, elle veut faire autre chose. Cela dit, durant son séjour elle a obtenu de très intéressantes opportunités, comme aller en Haïti avec les enquêtes spéciales.
Pour sortir d’Ottawa, elle doit faire quelque chose qu’elle n’aurait jamais pensé faire : elle se porte volontaire pour aiguiller les jeunes soldates du 22e régiment. Elle transfère à la Citadelle de Québec. Sur le coup, elle le regrette… mais après coup, elle y vit les 3 meilleures années de sa carrière : elle s’entraîne beaucoup avec les soldats, elle a du plaisir et ironiquement, elle ne voit jamais arriver de femmes soldats!
Avant d’être comptable, Francine est militaire. Elle se maintient en forme. L’entrainement militaire n’est pas facile. Elle dit qu’on apprend à vivre avec ça mais ce n’est pas toutes les femmes qui sont capables. Les exercices sont souvent difficile, et encore plus pour les femmes : 3 semaines dans le bois à partager une tente avec 10 hommes et 2 femmes, sans se laver… Tout cet entrainement au cours de sa carrière lui a causé des blessures, entre autre aux genoux et au dos. Elle est muté à Toronto dans une unité de réserve ce qui lui permet de voir un médecin spécialiste. Elle y reste un an et ce fut la dernière année de sa carrière. Son dos est si mal en point qu’elle doit quitter sinon elle sera paralysée à 50 ans.
Francine aurait aimé resté 35 ans dans l’armée, elle y resta 22 ans. Ce qu’elle a le plus aimé de son métier? Le mélange entraînement et travail. Les différents sports, les aventures qu’elle a vécu dans le cadre de son travail. Ses missions et les voyages qu’elle a pu faire.
Son grand père lui avait déjà dit : « si tu fais ce que tu aimes, tu ne travailleras pas un jour dans ta vie! » Cela représente bien la carrière de Francine.
J’aimerais remercier Francine d’avoir accepté de participer au Projet Vétérans et de sa générosité lors de notre entrevue et de la prise de photo.
Major Gilles Linteau
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Il est passionnant de discuter avec le Major Gilles Linteau de sa carrière dans les Forces armées canadiennes et qui de fait a porté le grade de lieutenant-colonel de façon intérimaire pendant une période de six ans. Non seulement elle est bien remplie, mais paradoxalement, elle aurait très bien plus ne jamais se concrétiser…
Gilles est né à Loretteville, non loin de Québec. Depuis sa jeunesse, Gilles est passionné par le sport. Et même si certains éléments présents dans sa vie pouvaient le prédestiner à une carrière dans l’armée, son caractère défiant et son éducation où on lui a montré à prendre les choses comme elles viennent auraient pu le mener dans une toute autre direction.
Le père de Gilles est dans la Réserve et Gilles l’admire lorsqu’il le voit arriver à la maison en uniforme. De plus, il encourage ses enfants à se trouver un emploi dans l’armée ou le gouvernement, question d’assurer leur avenir. D’ailleurs, le plus jeune frère de Gilles suit les conseils de son père et entre dans l’armée. Mais tout le long de sa jeunesse, Gilles n’a pas de plan d’avenir défini ou de métier en particulier dont il rêve, vers lequel se diriger.
Entre l’âge de 12 et 19 ans, il fait partie des cadets et est même commandant des cadets et puis plus tard, instructeur. Il entreprend des études collégiales mais il y met un terme à l’âge de 21 ans au moment de se marier. Il continue cependant à pratiquer des sports, dont le hockey. Suite à son divorce 4 ans plus tard, il doit prendre une décision pour son avenir. Il y a trois choses que Gilles aime particulièrement dans la vie : faire du sport, voyager et avoir des responsabilités. L’armée a la possibilité de lui offrir les trois. Il choisit donc de s’enrôler. Il a 26 ans.
Malgré sa décision de s’enrôler, beaucoup d’éléments lui disaient de ne pas y aller. D’ailleurs, les gens qui le connaissent ne l’auraient pas vu dans l’armée. Gilles est quelqu’un dit ce qu’il a dire et ce peu importe qui vous êtes ou quel est votre grade. Cela peut être problématique avec une carrière militaire, surtout lorsqu’on monte en grade. Cela dit, s’il reçoit un ordre formel, il le suivra. C’est la façon dont il a été élevé. Mais selon Gilles, si tu es toi-même et que tu respectes tes valeurs, tu vas réussir. De toute façon, en entrant dans l’armée, il n’avait pas d’ambition précise, sinon d’atteindre ses trois objectifs.
Avec de la persuasion, il réussi à entrer comme officier, malgré le fait qu’il n’a pas terminé ses études collégiales. La première mission hors du pays qu’on lui propose est de se rendre en Allemagne. Il hésite, puisqu’il a une fille qui est ici. Mais c’est une belle occasion et ce serait sa première fois hors du pays. Il accepte donc et il y reste 3 ans. Durant ces années, il fait plusieurs allers-retours au Québec pour voir sa fille.
À son arrivée en Allemagne, il est officier des renseignements. À cette époque, c’est encore la guerre froide. Il participe à plusieurs exercices dont celui appelé Snowball, où les soldats se déploient à 4h du matin pour pratiquer au cas où il y aurait une attaque réelle. Son rôle est d’aller chercher de l’information. Après 1 an et demi, il devient commandant-adjoint d’une compagnie d’infanterie. Durant ces années en Allemagne, il en profite aussi pour visiter. Ce fut pour Gilles trois belles années.
À son retour au Canada, il passe 2 ans à Valcartier. La première année, il travaille au quartier général de la 5e brigade et s’occupe de préparer l’entraînement collectif. La deuxième année, il devient adjoint-exécutif du commandant de la Base. Il fait alors son cours pour être promu Major. Une fois le cours terminé, il retourne au bataillon comme adjoint d’une compagnie de service. Il gère l’aspect logistique d’une unité : tout ce qui concerne le médical, le transport, la nourriture, la mécanique, etc.
Puis survient la Crise d’Oka. Nous sommes le 14 août 1990. La brigade au complet de déploie, soit 2500 soldats.
Selon Gilles, la Crise d’Oka a permis de renouveler et de changer un peu l’image que les gens avaient des Forces canadiennes. La mission en est une d’aide aux autorités civiles. Son unité est déployée du côté sud (sur la rive-sud). Leur responsabilité est d’ouvrir l’accès au Pont-Mercier. D’un point de vue personnel, étant originaire de Loretteville qui est près de la réserve de Wendake, Gilles a des amis autochtones pour qui il a beaucoup de respect, il s’applique donc à bien remplir le mandat pour lequel les Forces canadiennes sont déployées et faire abstraction de son opinion face à la situation.
La crise dure 2 mois et demi. Selon Gilles, ils auraient pu régler le tout en 1 semaine mais les conditions auraient été dommageables pour longtemps. Le fait d’avoir agi comme ils l’ont fait à améliorer de beaucoup l’image de l’armée auprès de la population. L’opération se termine en octobre 1990.
En 1991 il est promut Major. Un an plus tard, il part en mission à Chypre avec la même unité. Il s’agit d’une mission de l’ONU. Il s’occupe d’une compagnie d’infanterie et a un secteur à gérer avec une ligne-frontière qui fait 30 kms de longueur. Il est sur place du mois de février au mois d’août.
Normalement, il doit y avoir un an entre les missions. Après un an pile, Gilles est envoyé en ex-Yougoslavie en tant que commandant d’une compagnie de service pour une mission de l’OTAN. Cette mission est un vrai défi au niveau logistique dû aux grands écarts de climats entre les endroits où sont stationnés les soldats. Il y reste d’octobre à avril.
En 1994, Gilles est muté à l’École des officiers comme instructeurs et commandant d’une compagnie. Il doit y rester 3 ans. Il s’agit d’une très bonne assignation et ses supérieurs lui disent qu’ils lui ont fait un cadeau. Mais dans le même temps, il veut faire son cours pour avoir la chance d’être promu lieutenant-colonel. Ce cours d’un an est l’équivalent d’un cours universitaire de 3 ans. Cela lui laisserait quelque chose à apporter avec lui lors de sa retraite des Forces armées car, n’ayant pas terminé ses études collégiales avant de s’enrôler, il n’avait qu’un secondaire 5. Il prend la décision de faire le cours et ce malgré le fait que cela déplaît à ses supérieurs. Il réussit et obtient sa promotion. Son texte intitulé « Le leadership des forces canadiennes : pouvoir et politique », écrit durant ses études, est même publié. D’ailleurs, certains faits relevés et certaines recommandations qu’il a faites sont encore très applicables aujourd’hui. Par contre, certains de ses propos dans ce texte ne lui font pas d’amis dans les Forces.
En 1996, il est envoyé au quartier-général de la 1ère Division canadienne à Kingston en tant que planificateur – terre. Mais nous sommes alors dans les suites du génocide au Rwanda et c’est la crise du Zaïre. Il faut rapatrier au Rwanda les 1 300 000 réfugiés installés au Zaïre. Gilles part en novembre pour cette mission de l’OTAN. Il fait d’abord un arrêt de 3 semaines en Allemagne, au quartier général des forces spéciales américaines pour planifier le retour des réfugiés. Mais on constate rapidement que ces derniers revenaient d’eux-mêmes. Donc la mission est annulée. Mais il faut quand même la fermer, soit rapatrier les équipements, etc. Gilles considère que ce fut une très bonne mission pour l’expérience de planification dans un État-major à un haut niveau. Et c’est aussi là qu’il fait la connaissance de sa future femme, qui est sous-officier. Bon… les officiers et les sous-officiers ne sont pas sensés entretenir de liens personnels… Oops! Ils sont ensemble depuis 23 ans.
Gilles est ensuite envoyé au Centre Lester B. Pearson pour le maintien de la paix en Nouvelle-Écosse. Il s’git de l’école canadienne pour enseigner l’expérience du Canada dans les missions de l’ONU. À l’époque, le Canada est le seul pays membre des Nations-Unies qui a participé à toutes les missions. Gilles y reste 2 ans comme instructeur. Il est « le » francophone de la place. Tout ce qui se donne comme cours en français passe par lui. Il fait de longues journées, rencontre des gens de partout.
Après 2 ans, on lui offre de retourner en Allemagne avec l’ARRC (l’unité d’action rapide, advenant un conflit au niveau de l’OTAN). Il fait parti de la section opérations. En garnison, ils sont environ 400 soldats. En mission, ce chiffre double. Il s’agit d’une grosse organisation. C’est à ce moment là que se produisent les événements du Kosovo. L’ARRC est la seule organisation capable de se déployer en dedans de 24h. Il s’agit d’une mission de stabilisation de la situation. Gilles est officier d’État-major et il y reste 2 mois et demi.
À son retour, on lui offre de travailler au quartier général de l’OTAN, où on lui donne le dossier de l’Ukraine. L’armée Ukrainienne comprend 800 000 soldats et l’Ukraine veut la réduire pour atteindre 250 000. Gilles doit donc développer un plan d’action avec les affaires étrangères de l’OTAN et celles de l’Ukraine en coopération avec le Ministère de la Défense. Il passe deux ans là bas. Entre autre travail, il écrit des discours pour le Président du comité militaire de l’OTAN, qui est un 4 étoiles (pas de pression!). Il adore son temps à l’OTAN. Cela lui permet d’en apprendre beaucoup sur l’aspect politique des choses.
De retour au pays, il est instructeur à Kingston pendant un an pour les jeunes capitaines qui veulent devenir major. On lui offre ensuite le poste de coordonnateur de la garnison de Longue-Pointe, où il s’occupe du soutien logistique ou en personnel. Pendant qu’il est là bas, son ami le général Laroche lui offre d’aller en Afghanistan. Mais Gilles a alors 54 ans et pourrait prendre sa retraite à 55 ans... Ou rester jusqu’à 60 ans. Il lui faut prendre une décision et sa décision est d’y aller. Il y reste 10 mois et son rôle est d’assurer la communication entre le gouverneur de la province et son commandant. Il a avec lui 3 officiers de liaison et le communicateur du gouverneur. Pour assurer leur sécurité, il a des employés locaux afghans dont les parents avaient été tués par les Talibans. À son arrivée, il constate qu’ils ont seulement un mur de 10 pieds de haut pour les protéger. Lors de son séjour, il améliore la sécurité du camp entre autre en faisant ajouter des barbelés et des caméras. Il se rend à KAF (Kandahar Airfield) une fois par semaine pour passer les informations qu’il doit passer et recevoir celles qu’il doit recevoir.
Pendant son tour en Afghanistan, il obtient une promotion intérimaire. En théorie, il aurait dû rester à Longue-Pointe mais il avait entendu au travers les branches qu’il y avait une position en Pologne. Il joint donc le JFTC (Joint Force Training Center), une des deux écoles de l’OTAN qui préparent les militaires qui vont se déployer dans les quartiers généraux en Afghanistan. Il s’occupe des aspects tactiques et opérationnels. Il fera ce travail pendant 4 ans, durant lesquels il aura l’occasion de voyager aux États-Unis pour enseigner aux Américains.
Vient ensuite le moment de la retraite.
Qu’est-ce que Gilles a le plus apprécié de sa carrière dans les Forces armées? Son premier séjour en Allemagne. Mais si on parle au niveau vie et carrière, alors sans aucun doute il s’agit de l’Afghanistan, parce qu’il a pu retransmettre ce qu’il a appris lorsqu’il a fait partie du JFTC en Pologne.
Et si c’était à refaire? Peut-être que Gilles ne renterait pas dans les Forces armées. Vous trouvez ça bizarre? Rappelez-vous du début de ce texte, de sa façon directe de dire les choses. Gilles n’est pas un militaire de philosophie, il n’est pas un politicien. Ce n’est pas dans sa nature et sa personnalité… Mais malgré cela, et tout en contradiction, il est resté 33 ans dans l’armée et il a atteint ses trois objectifs : il a pratiqué des sports toute sa vie, il a voyagé et il a eu des responsabilités.
Gilles ne s’ennuie pas de son métier, il a accomplit ce qu’il voulait. Il a fait son temps. Aujourd’hui, il est membre de la Légion et ce qu’il fait là-bas est très important pour lui : écouter et aider ses collègues qui en ont besoin.
Caporal Denis Perrier
Ils ont chacun une histoire. Ils font
tous partis de l'histoire.
Denis est né le 10 décembre 1966 à St-Jean-sur-Richelieu. Il est le cadet d’une famille de 5 garçons.
Lorsqu’il était petit, il rêvait d’être vétérinaire ou biologiste. Mais les notes en science n’y étaient pas. Jeune, il aimait déjà l’uniforme et l’esprit d’équipe. Il a été Louveteau pendant 3 ans puis Scout pendant 3 ans aussi. Il a ensuite passé aux cadets de l’air, dont il a fait parti pendant 4 ans. À l’âge de 19 ans, il prend la décision de s’engager dans les Forces armées canadiennes et il entre au 2e bataillon du Royal 22e régiment. Il débute dans l’armée régulière avec comme objectif de faire parti des Forces spéciales. Mais dès le début de son entrainement, il développe des douleurs articulaires. Malgré la douleur, il endure et empire son cas.
Sa première mission à l’extérieur du Canada est à Chypre en 1987, pour une mission de l’ONU. Il s’agit de son premier voyage à vie. Il est stationné à Nicosie. Il reste 7 mois à Chypre, dans le No Man’s Land. Ce fut pour Denis une mission somme toute assez tranquille, sauf pour l’intimidation que les soldats vivaient sur la frontière de la part des Forces opposées. Mais malgré cette intimidation, il a adoré sa mission. Lorsqu’il a des vacances, Denis peut profiter de l’île. Entre la frontière et le reste de l’île, c’est comme deux mondes différents.
Sa deuxième mission de déroule quelque mois plus tard en Norvège, pour l’exercice Brave Lion, le plus gros exercice à l’époque depuis la Deuxième guerre mondiale. Ce fut aussi une très bonne expérience pour Denis.
Lorsqu’il n’est pas en mission à l’extérieur, Denis est stationné à la Citadelle de Québec. Là, entre autre travail, il monte la garde en rouge, celle où l’on voit les soldats habillé en rouge avec le chapeau de fourrure, où ils doivent rester immobiles, avec les gens qui essaient de les faire réagir. Denis a adoré cette expérience.
Après ses 3 premières années, il rêve d’aller en Allemagne rejoindre les autres soldats canadiens qui y sont déjà. Son rêve est sur le point de se réaliser et il doit même partir bientôt. Il est aussi temps pour lui de renouveler son contrat avec l’armée pour une plus longue période de temps. Mais ses douleurs sont trop importantes et il doit prendre la difficile décision de sortir de l’armée. Denis vit alors un deuil. Mais il ne peut pas faire autrement. Pour tenter de se changer les idées et passer au travers de son deuil, il prend son sac à dos et part voyager pendant 7 mois. Durant cette période, il visite 32 pays dont plusieurs sont en guerre. Il cherche cette adrénaline qu’il avait voulu avoir dans l’armée. Il va en Irlande du Nord où sévit l’IRA, en Israël… c’est sa façon à lui de remplacer l’armée, de contrôler sa frustration de ne pas avoir fait ses 30 ans dans l’armée régulière comme il le voulait.
À son retour de voyage, il a l’opportunité de devenir policier pour la ville de Longueuil. Il y reste un an, puis passe à la police de St-Jean-sur-Richelieu et celle de Bedford.
Mais avec la crise d’Oka en 1990, l’appel de l’armée se fait encore plus sentir. Denis décide de faire des démarches pour pouvoir entrer dans la Réserve. Il y entre en 1991. On le place avec le 4e bataillon du Royal 22e régiment à Laval. Il y reste pendant 26 ans, jusqu’en décembre 2016. Il doit sortir pour des raisons médicales, sinon il y serait encore.
En 1995, Denis est Policier à Montréal et Réserviste dans l’armée. Se présente alors l’opportunité d’aller en mission en Bosnie. Sans hésiter, il demande une année sans solde à la Police de Montréal et quitte pour la Bosnie. Il s’agit d’une mission de l’ONU. Lors du génocide de Srebrenica en Bosnie, Denis est présent et même tout près de l’endroit où ont lieu les événements. Durant ce génocide, les Serbes tuent près de 9000 personnes en 3 jours. Mais les militaires ne peuvent intervenir. Ils sont là avec l’ONU, intervenir ne fait pas parti de leur mission. Denis vit beaucoup de frustration par rapport à ça. Pour lui, le rôle d’un soldat est d’aider, il s’attend à voir des renforts arriver et s’impliquer. C’est incompréhensible pour lui qu’ils ne peuvent pas intervenir. À son retour, frustré par la situation, il fait même une sortie médiatique à ce sujet.
Mais l’événement le plus marquant pour Denis lors de sa mission en Bosnie s’est déroulé lors d’une patrouille avec son meilleur ami, Gerry, qui était aussi son superviseur et un Policier militaire. Denis a été placé avec cette unité à cause de son expérience de policier, même si en théorie il fait parti de l’infanterie. Gerry et lui sont donc en patrouille dans un Jeep et, sans trop savoir comment, ils sortent de leur périmètre. Ils se retrouvent en zone Serbe. En théorie, ils n’ont pas le droit de prendre de photos mais ils se retrouvent devant un beau paysage, ce qui est assez rare. Gerry prend une photo et ils continuent leur chemin. Un moment donné, en passant devant une base Serbe, ils se font embusquer et menacer par deux hommes Serbes cagoulés, à la pointe de fusils AK-47. Denis est au volant et son ami est passager. Les deux hommes Serbes demandent à son ami de les suivre, puisque c’est lui qui a pris la photo. Denis demande à son ami « Qu’est-ce qu’on fait? On doit faire quelque chose ». Mais Gerry, un grand homme bien bâti, lui dit de ne pas s’inquiéter. Il s’attend à ce qu’on détruise son appareil photo et c’est tout. Il quitte avec les Serbes. Le temps passe, Gerry ne revient pas. Denis essai d’aller négocier avec les soldats à la barrière mais ils ne se comprennent pas, ne parlant pas la même langue. Il essai de communiquer avec quelqu’un avec la radio, mais ils sont dans un endroit montagneux et il est incapable de rejoindre qui que ce soit. Il essai d’aller chercher de l’aide au petit village situé tout près mais il ne trouve personne. Finalement, après 4 heures d’attente, son ami ressort, mais ce n’est plus le même homme. Il a les yeux rougit, vitreux, il boite. Visiblement, il a passé un mauvais moment. Gerry monte à bord du Jeep et ils quittent les lieux. Denis le questionne, il veut savoir ce qui s’est passé, mais son ami refuse de le lui dire. Denis fini par se stationner sur le côté de la route et insiste… Il doit savoir. Il s’est passé quelque chose de très grave. Gerry a été victime d’un viol collectif par les soldats Serbes. Dans ces circonstances, sa grande taille n’a pas pu le protéger. S’ensuit un moment de silence… puis le questionnement sur la suite. Qu’est-ce qu’on fait? Est-ce qu’on le rapporte? Est-ce qu’on demande au moins de l’aide médical? Gerry refuse. Nous sommes en 1995 et à cette époque, les ressources disponibles ne sont pas les mêmes. Il fait promettre à Denis de ne rien dire, jamais, à personne. Pour lui, étant superviseur, il ne se voit pas exercer sachant que les autres sont au courant et le juge. Il ne veut pas vivre ça. Il ne veut pas que sa femme et ses jeunes enfants aient à vivre ça. À contrecœur, Denis promet.
Quelques années après leur retour, Gerry se suicide.
Denis vit avec ce lourd secret pendant 17 ans. Puis, ayant lui-même des problèmes de santé et de dépression, il fini par en parler. Il en parle d’abord à un psychiatre, puis s’ouvre à d’autres. Il réussit à faire honorer son ami en lui faisant obtenir la Médaille du sacrifice à titre posthume. Une bannière flotte à St-Jean-sur-Richelieu tous les ans de la fin octobre au Jour du Souvenir en l’honneur de son ami. Aussi, en tant que policier et accompagné d’un psychologue de service, Denis fait une tournée appelé « Tournée 5.0 ». Cette tournée à pour but d’atteindre 5 ans sans suicide chez les policiers. Ils rencontrent toutes les équipes et Denis leur parle de son expérience, leur dit de ne pas attendre avant de consulter. Il a aussi l’occasion de faire des conférences pour les miliaires. Denis utilise sa propre expérience pour aider les autres. Et ça marche. Il s’est donné comme mission de prendre soin des vétérans.
Aujourd’hui, en plus de son travail de policier, Denis est aussi pompier pour la municipalité de St-Jacques-le-Mineur. De plus, il fait parti de l’Ambulance St-Jean comme premier répondant médical.
En l'honneur et en souvenir de son ami Gerry, Denis porte sur son uniforme la Croix du souvenir. Celle-ci est remise par le gouvernement à trois membres de la famille du défunt, ou à des amis très très proches. Le choix des personnes qui recevront cette médaille est normalement inscrit dans le testamen par le militaire, s'il décède en devoir. À l'arrière de cette médaille sont inscrit le nom de Gerry et quelques informations supplémentaires, pour se souvenir.
Denis a su transformer ces expériences négatives en positif pour aider les policiers et les vétérans qui en ont besoin. Se faisant, il continu d’honorer chaque jour la mémoire de Gerry. Il n’y a pas de plus beau lègue que celui d’aider les autres à passer au travers de leurs propres expériences difficiles.